La Fondation Fellini est partenaire du film de

Laurent Galinon intitulé Les Films inachevés (2026)

Sélection Festival du film de Rome (Rome Film Fest)

 

Le 21 octobre 2026, à la Casa del Cinema, le Festival du Film de Rome a présenté en première mondiale Les Films inachevés de Laurent Galinon.

 

 

Qu’ont donc en commun Kubrick, Welles, Fellini, Leone et Tati ?

Ces cinéastes légendaires ont tous, chacun à sa manière, renoncé au grand film de leur vie.

Des kilomètres de pellicule les ont hantés pendant des décennies : NAPOLÉON (KUBRICK), Il VIAGGIO DI G. MASTORNA (FELLINI), LES 900 JOURS DE LENINGRAD (LEONE), CONFUSION (TATI), DON QUICHOTTE (WELLES). Aux yeux de leurs proches, comme de la critique, ces films monumentaux possédaient l’envergure et l’ambition de chefs-d’œuvre. Des projets titanesques morts-nés, des productions frappées par une malédiction, des dépenses colossales, la mort du réalisateur... Ce sont des destins impossibles, auréolés de mystère, qui nourrissent les obsessions et les interrogations des cinéphiles.

 

« Je voulais mettre en lumière une filmographie parallèle et enfouie, devenue, au fil des ans, un fantôme du cinéma. Une filmographie cachée, disparue, et même douloureuse. Avec ses superstitions, ses cauchemars et ses infortunes. Donner vie à ce qui est resté prisonnier de leur esprit. Car l’échec en dit tout autant que le succès. De Londres à Paris, en passant par la Suisse et l’Italie, j’ai rencontré les derniers témoins d’une ambition cinématographique se heurtant à la réalité. »

Laurent Galinon,

Réalisateur

Fiche technique

LES FILMS INACHEVES de Laurent Galinon

Réalisation : Laurent Galinon

Production : Escales / Ampersand

Avec le soutien de Ciné+ (CANAL+)

Avec le concours de Mattatore et de la Fondation Fellini

Durée : 64 min

Photographie : Sébastien Naar

Montage : David Pujol

Colonne sonore : Olivier Casassus

Langue originale : Français, anglais, italien.

Distribution : Ampersand

Tourné à Londres, Paris, Waterloo (BEL), Sion (CH) / Fondation Fellini / Saint-Léonard

(Lac Souterrain), Sant’Ambrogio di Valpolicella (ITA).

 

 

 

Rôle de la Fondation Fellini

 

À la suite de la rencontre de Laurent Galinon et Stéphane Marti, président de la Fondation Fellini, le 24 janvier 2024 à Paris dans le cadre de l’exposition Fellini Maestro à la Fondation Pathé-Jérôme Seydoux, une collaboration s’est installée entre la Fondation Fellini et le réalisateur sur le thème des films inachevés, en particulier Le Voyage de G. Mastorna de Fellini, objet d’une conférence présentée par Stéphane Marti en finissage de l’exposition Fellini Maestro. Le réalisateur a pu s’appuyer pour la préparation de son film sur les documents de la Collection de la fondation, notamment un important dessin de rêve du Maestro, sur les collections de partenaires de la fondation, telles que la Collection de Jakob et Philipp Keel de Zürich, enfin des recherches présentées dans la publication Fellini Le Miroir de Dante (Fondation Fellini, 2020). Par l’intermédiaire de la fondation et de ses partenaires culturels, Laurent Galinon a rencontré Milo Manara qui témoigne dans le film en tant qu’auteur de la bande dessinée portant en images Le Voyage de G. Mastorna, une année avant la mort de Fellini, survenue en 1993. La partie du tournage dévolue à Fellini a eu lieu à Sion le 25 février 2026 au sein de la Collection de la fondation et au Lac Souterrain de Saint-Léonard pour les besoins du thème central évoqué par le projet du film inachevé de Fellini.

 

Soirée du 21 octobre 2026, Casa del cinema, Rome

 

Le film a été présenté par Laurent Galinon et Gianluca Farinelli, Membre de l’organisation du Festival et Directeur de la Cinémathèque de Bologne. A l’issue de la projection, la Fondation Fellini et Laurent Galinon ont accueilli les invités ainsi que les partenaires culturels de l’évènement, de la production du film et de la fondation, en particulier Madame Maria Serlupi Crescenzi, historienne de l’art, qui fut curatrice responsable du Reparto Arti Decorative dei Musei Vaticani, Madame Antonella Salvucci, actrice, présentatrice et personnalité active dans le monde du cinéma, Madame Sandra Marti, réalisatrice, Monsieur Jean Gili, écrivain et ancien professeur de cinéma à la Sorbonne, Monsieur Stefano Godano, écrivain, Monsieur Reinhold Jaretzky, écrivain et réalisateur, Monsieur Paul Nemitz, professeur au Collège d’Europe et Conseiller principal auprès de la Commission Européenne, Monsieur Carlo Dutto, assistant du réalisateur Cristian Mungiu, Monsieur Andrea Pinchi, peintre. La Fondation Fellini était représentée par Stéphane Marti, président, et Federico Grandesso, responsable pour la presse internationale de la fondation.  

 

 

Interview de Laurent Galinon par Stéphane Marti. Rome 21 octobre 2026

 

Stéphane Marti (SM). Le projet du film commence avec Le Voyage de G. Mastorna de Fellini, puis s’étend à un ensemble de cinq films inachevés : Les 900 Jours de Leningrad de Sergio Leone, Confusion de Jacques Tati, Napoléon de Stanley Kubrick et Don Quichotte d’Orson Welles. Mastorna semble incarner le type même d’une grande œuvre inaccomplie et paraît même dialoguer avec les autres films inachevés.

 

Laurent Galinon (LG). J’ai été fasciné par le renoncement de Fellini. Je ne comprenais pas comment avec autant d’argent et de liberté de créer il pouvait renoncer à ce film. Qu’est-ce qui l’a fait tomber ? Est-ce la confrontation à Dante ? Est-ce qu’il a été débordé dans sa vie par la place du mysticisme qui provoque chez lui une trop grande sensibilité à ses rêves, à ses visions et aux signes qui lui disent qu’il ne faut pas faire le film ? Je pense à la rencontre avec Gustavo Rol, ce mage que Fellini consultait et qui lui a dit que Mastorna allait l’emporter s’il le réalisait. Est-ce une fatigue générale ? Je me suis posé beaucoup de questions sur cette façon de renoncer. Je me suis aussi posé la question de savoir si d’autres réalisateurs avaient renoncé à pareil projet. Or Kubrick, Welles, Tati et Leone n’ont pas renoncé. On a renoncé pour eux. Mastorna (1965/1966) est un peu l’archétype des films inachevés, le plus mythologique d’entre eux. Parmi les autres réalisateurs, certains ont été pris dans les fourches caudines de la production, pour d’autres c’est le temps qui passe, l’incapacité à convaincre autour de soi. Je voulais aussi montrer, avec Orson Welles, un réalisateur qui n’arrive pas à finir son film. Tout le matériel est là. Il a tourné à foison. Mais à la fin, il ne parvient même plus à rassembler les rushes qui sont pourtant bien là. C’est comme s’il ne voulait pas dire adieu à son œuvre. Comme si l’œuvre le préservait de la mort. Tant qu’il n’a pas fini, il peut continuer à vivre.

 

 

SM. Le fait que l’on retrouve les scènes de Mastorna dans les films suivants de Fellini relève d’une sorte de volonté inconsciente de poursuivre cette œuvre ?

 

LG. Fellini dira à posteriori que ce film n’était voué à avoir une vie, mais qu’il était comme un « combustible » qui allait infuser dans les autres films, Toby Dammit (1968), Fellini Roma (1972), avec le défilé de mode ecclésiastique, E la Nave va. Il y a des thèmes et des personnages récurrents qui proviennent de Mastorna. Mais on peut dire aussi que Mastorna est déjà là dans La dolce vita (1960) et dans Otto e mezzo (1963), avec le motif de la descente aux Enfers et la place de l’onirisme.

 

 

SM. Ces cinq films inachevés ont été les projets de réalisateurs comptant parmi les plus importants de l'histoire du cinéma. Ils ont en commun des enjeux et une histoire qui prend la forme d’une tragédie en trois actes. Au-delà, il y a une construction esthétique de 64 minutes qui articule la destinée de ces films, je pense à la musique. Les thèmes également se répondent entre ces divers projets.

 

LG. Je ne voulais faire de film documentaire où les interviews dialoguent entre elles. Je voulais des mises en scènes, car il faut donner des images à ces films inachevés. Il était évident qu’il fallait aller à Waterloo. Il fallait la barque de Charon et franchir le Styx dans le Lac Souterrain pour Mastorna. Quant aux thèmes, ils se répondent de façon volontaire et involontaire. En tissant ces histoires, en les croisant, je me suis rendu compte qu’il y avait une même nécessité, une même urgence pour ces histoires de sortir du cerveau et du ventre de leurs auteurs. Il y a des liens entre ces histoires : les cinq films inachevés rassemblent les enjeux de l’humanité, c’est-à-dire la guerre, l’amour, le temps, l’absurde, la mort, qui sont de grands questionnements de civilisation. Ce ne sont pas des histoires rabougries qui se passent dans un appartement. Mais ces histoires sont peut-être trop grandes pour le cinéma. Je pense que l’on atteint là la limite du cinéma, la limite du créateur face à des sujets qui le dépassent. Le format du cinéma ne semble pas s’adapter à ces récits-là, dont certains sont de nature épique. Orson Welles a pourtant pu réaliser Othello qui brasse tant de thématiques extrêmes. Kubrick a fait 2001 L’Odyssée de l’espace. Pareil pour Fellini avec Otto e mezzo qui a su exprimer le vide de la création.

 

SM. Ces cinq films inachevés proposent une sorte de grande fresque historique, en particulier du XXe siècle.

 

LG. On y voit la peur de la modernité. Et des thèmes surviennent de manière involontaire : l’avion est dans tout le film. Kubrick, Leone et Fellini partagent une même phobie de l’avion, qui se retrouve au cœur de Mastorna. Leone s’épuise en de multiples voyages pour son film et meurt deux jours avant de prendre l’avion pour Los Angeles où il devait rencontrer des producteurs qui acceptaient de produire le film. L’Enfer de Fellini, dans Mastorna, est incarné par le monde moderne. Il y a comme un rejet chez eux du mythe d’Icare et de son hybris. L’hybris de ces auteurs est de porter le cinéma à la plus haute idée qu’ils s’en font et d’élargir ses frontières. Don Quichotte c’est trente ans de tournage, Confusion est un film où il était question que les couleurs du monde devaient à un moment couler et disparaître. Jacques Tati avait imaginé dans son scénario l’existence d’une société privée à laquelle l’État avait donné mission de gérer les couleurs pour que les gens ne dépriment pas. Un jour, le personnage qui s’appelle Luther arrive, et s’endort sur les manettes des couleurs, et le monde va alors perdre ses couleurs. Tati a eu comme l’intuition des filtres Instagram.